Saturday, October 02, 2004

Divisió de l’opinió als USA

John W. Dean (*): Les sombres mystères du clan Bush
Le Figaro, 02/10/2004.

Si les Français jugent les politiques présidentielles américaines irrationnelles, laissez-moi vous assurer qu’il en est de même pour beaucoup d’Américains. Je fais cette remarque non en tant que partisan politique, dans la mesure où je n’appartiens à aucun parti, et que je serais plutôt considéré comme un électeur indépendant dépourvu de toute affiliation particulière. Si je devais qualifier mon inclination politique, je me dirais conservateur en matière financière — je crois en la nécessité d’un équilibre des budgets et des impôts sur les dépenses — et libéral au plan social — convaincu que je suis que le gouvernement doit se tenir à l’écart de la vie privée pour s’occuper en revanche des défavorisés en régulant les échanges autant qu’il est nécessaire pour assurer la santé et la sécurité publique.

Après quarante années consacrées à l’étude des présidences américaines, je dois signaler que jamais je n’ai vu les États-Unis en proie à une telle division politique. Près de la moitié des citoyens dotés d’une conscience politique et actifs en ce domaine jugent que l’autre moitié soutient une position aussi illogique qu’erronée, sinon pire.

Lorsque George W. Bush a fait campagne pour la présidentielle en 2000, il déclarait être l’homme qui saurait unifier la nation, la rassembler. Pourtant, il s’est révélé être l’un des présidents qui a divisé le plus la nation de toute l’histoire américaine. Et son vice-président, Dick Cheney, n’a fait que renforcer ce problème. En 2000, Bush a déclaré aux Américains et au monde qu’il croyait que notre nation devait faire montre d’humilité dans sa politique étrangère. En tant que président, il n’a fait que montrer au monde son hybris absolu. La plupart de ses déclarations sont fausses, hélas, et il est devenu une effigie de ce qu’un spécialiste des présidences américaines a qualifié de «présidence post-vérité».

Comment se sort-il de ses mensonges ? Plusieurs de mes amis vivant à l’étranger m’ont posé la question, et, m’étant rendu récemment en Australie, cette même question m’a été répétée à plusieurs reprises. La réponse nécessite explication. On doit se souvenir que George W. Bush a étudié les principes de la présidence et de la campagne présidentielle en travaillant avec son père ; c’est assez dire que les mécanismes du pouvoir, comme le processus électoral, lui sont hautement familiers.

J’ai récemment trouvé une interview datant de 1984, au moment où le père de l’actuel président Bush était en lice pour la vice-présidence. A propos d’un débat télévisé diffusé sur une chaîne nationale avec son adversaire du moment, Geraldine Ferraro — la première femme à briguer à une vice-présidence —, l’attaché de presse de campagne de Bush senior expliqua : «Tu peux dire ce que bon te semble durant un débat, 80 millions de personnes t’écoutent.» La presse pointerait-elle une erreur ? «Et alors ? Il n’y a que deux cents personnes pour la lire, ou 2 000 et peut-être 20 000.»

Ce mode de pensée semble expliquer la ligne de conduite de Bush et de Cheney, et la manière dont ils détournent la réalité. Mais ce n’est pas là la seule explication. Les médias d’informations aux États-Unis sont devenus de moins en moins vigilants dans leur manière de couvrir l’actualité présidentielle américaine depuis que Bush a pris possession du Bureau ovale. Par exemple, durant la campagne présidentielle de 2000, j’ai pu remarquer que la couverture assurée par la presse étrangère — accessible via Internet — était souvent plus informative que celle livrée dans les journaux et magazines américains.

Et le 11 Septembre 2001 advint. Après les événements, toute attaque visant Bush cessa, et beaucoup de médias d’informations déclarèrent que critiquer le président équivaudrait à faire montre d’une posture antipatriotique. Ce qui est tout simplement faux et contraire au bon fonctionnement des démocraties ; il aura fallu plusieurs mois pour que le pays revienne à un traitement des affaires politiques comme à son ordinaire. Depuis lors, j’ai remarqué que la plupart des médias d’informations américains continuaient à passer sous silence, non seulement les mensonges, mais aussi les mystères excessifs dont l’Administration Bush s’enveloppe. C’est d’ailleurs ce que j’ai entrepris de dénoncer au fil de mes chroniques bihebdomadaires). Bush et Cheney commencèrent à utiliser les attaques terroristes du 11 Septembre comme une excuse pour opacifier encore davantage le mystère. J’ai décidé alors qu’il était de mon devoir d’écrire mon dernier ouvrage, Bush, le dossier accablant : pire que le Watergate ! (Presses de la Renaissance). Aucun président d’aucune nation ne peut gouverner en vase clos, seules les dictatures ont besoin de s’entourer de mystère. Tout dirigeant d’une démocratie digne de ce nom doit trouver un point d’équilibre que George W. Bush ne songe même pas à chercher.

Plusieurs journalistes chargés de couvrir l’actualité de la Maison-Blanche m’ont avoué être terriblement conscients du problème. D’aucuns ont perçu la faiblesse des enquêtes produites à ce sujet comme un dommage collatéral de l’hyperpatriotisme consécutif au 11 Septembre. La plupart de mes interlocuteurs pensent en tout cas que Bush a fait montre d’une efficacité inhabituelle en empêchant la production de toute couverture sérieuse de sa présidence.

Le tandem Bush-Cheney ne coopère pas avec les journalistes, en particulier les auteurs d’articles négatifs à leur sujet ; et ni Bush ni Cheney n’ont désiré tenir de conférences de presse ouvertes. Quand ils se produisent en public, ils ne sont ouverts à aucune question ; et quand ils le sont, c’est que l’audience a été triée sur le volet. Cette dernière se compose exclusivement de partisans ne posant que des questions conciliantes. Quand Bush consent à accorder des entretiens, il exige que les questions lui soient communiquées par avance.

En écrivant mon ouvrage, j’ai décidé d’aller là où les journalistes refusaient de se rendre. J’ai eu accès à des informations confidentielles provenant de personnes travaillant avec l’équipe de Bush à la Maison-Blanche, mécontentes de cette culture du secret excessive. Ils désiraient vraiment me livrer des informations confidentielles pour m’aider à comprendre ce qui se passait derrière les portes closes de la Maison-Blanche. Utilisant ces informations, l’opinion publique et mon propre savoir sur le modus operandi de notre gouvernement, j’ai recensé plusieurs dangers, grands et petits, inhérents à cette présidence, dont une liste de onze scandales possibles pris dans les différentes phases de leur développement. La publication de mon ouvrage n’a en rien entravé la progression de ces scandales qui ont même gagné en importance, en raison de la persistance de cette culture du secret.

Nous entrons désormais dans la phase finale de cette campagne présidentielle. Comme tous ceux qui laissent leur téléviseur allumé en permanence, j’ai pu remarquer un changement sensible dans la manière dont nos médias couvrent cet événement. Ils semblent penser que Bush a pris tant d’avance dans la campagne que le sénateur John Kerry sera incapable de rattraper son retard. Il me semble peu douteux que la dernière étape de cette course sera déterminée non pas par le vainqueur des prochains débats télévisés des 8 et 13 octobre, mais plutôt par le plus faible des deux. Bien que l’issue du scrutin soit encore incertaine, laissez-moi vous assurer que je n’espère sûrement pas être en mesure d’écrire une nouvelle édition du Dossier accablant de Bush : Pire que le Watergate.


(*) Ancien conseiller de R. Nixon à la Maison-Blanche de 1970 à 1973.

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